CONFESSION

Je me rappelle encore de ta naissance, comme si cela datait d'hier. Papa et maman nous avaient chargé de ton identification (enfin juste trouver comment t'appeler surtout) et nous nous en étions donnés à cœur joie. Te trouver des prénoms, quoi de plus facile ? Notre imagination débordait déjà de prénoms aussi drôles, que charmants, sérieux ou même trop ringards. Nous nous accordâmes finalement sur la combinaison parfaite, et t’accueillîmes à bras ouverts dans la bande joyeuse. Tes débuts d’être humain, auprès de nous, étaient plutôt délicats. Le sourire et la joie de vivre qui nous caractérisaient, semblaient te faire défaut. 

Tes manières, tes chichis et que sais-je encore, toutes ces choses nouvelles que tu trainais, nous laissaient souvent penser qu'on t'avait surement échangé à l’hôpital contre un autre (pourquoi pas ? ça arrive, les gens se trompent souvent non?). Mais, toutes ces suspicions disparaissaient quand on levait les yeux sur toi, la ressemblance avec ta génitrice, pouvait convertir plus d'un païen et suffisait à te concéder le bénéfice du doute. Cependant, cette question demeurait dans nos esprits : pourquoi ne sourit-il pas, s'il est bien l'un des nôtres ? 


Il  nous a fallu attendre, finalement, six semaines pour voir le miracle se produire. Toi souriant, au photographe (que dis-je, toi souriant à la vue de l'objectif de l'appareil avec une seule idée en tête : le manger ou du moins y laisser ta marque, une énorme quantité de salives, pensant avoir affaire à ton repas du jour) venu te prendre en photos pour ton album de bébé, album qui marquait les différentes étapes de la vie, selon maman. Sur le coup, tu étais devenu le plus beau bébé, de la terre, qu'on n'ait jamais vu. De tout ton poids (Dieu seul sait, que tu pesais tonne lol) , tu nous souriais, tu riais même et nous te rendions la pareille. Ce moment magique, personne ne voulu qu'il s’arrête, nous l'attendions depuis si longtemps et depuis, ce sourire, ce rire, ne t'a plus quitté.

Gamine, je dois avouer que je ne t'aimais pas beaucoup. Maman te pardonnait tout, avec pour simple excuse, ces mots passe-partout : "il est petit, ayez pitié, il ne sait pas ce qu'il fait" (non mais ohh, c'est un humain avec toutes ses facultés comme nous, comment qu'il ne sait pas ce qu'il fait, il le sait, il fait juste exprès, me disais-je !). Puis le temps a passé, de l'eau a coulé sous les ponts (comme on le dit de l'autre côté du pont), mon instinct de protection à ton égard s'est accru, mon amour pour toi, a débordé. 

Pour toi, je me suis vu capable de déplacer des montagnes, pour toi je me suis surprise à pleurer quitte à te voir sourire, pour toi j'ai décidé d’être plus courageuse, de te tenir par la main et d’être la voix dans ta tête qui te dira, constamment  : " n’aie pas peur de poursuivre tes rêves, ne t'arrêtes pas là où tes pères ont tracé leur trait, vois au-delà et vas au-delà, de ce qu'on a bien pu te souhaiter. Continue de réaliser l'inattendu, l'inimaginable et l'impossible, que tes années à venir soient encore plus belles et riches d'exploits."C'est dans nos moments de faiblesses, qu'on devrait se sentir les plus forts, c'est de nos moments de tristesse que découlera notre joie immense et je ne te remercierai jamais assez de m'en faire la démonstration, chaque jour qui passe.

Une sœur à son frère.