LE CAHIER NOIR

Années collège, classe 4ième 3, Notre Dame du Plateau:
"bonjour les filles je suis M. Camara NANGALA, votre professeur de mathématiques... Mesdemoiselles, les maths, ce n'est pas du tout compliqué, c'est juste un peu de logique, mais surtout et avant tout, comprendre et apprendre à aimer le français. "Vous voyez tout est écrit en français dans votre livre, c'est la base, pour maitriser les mathématiques que je vais vous enseigner..."

Cette manière si spéciale qu'il avait d'effacer le tableau (on efface avec la brosse tout d'abord, ensuite on trempe le chiffon dans de l'eau et de haut en bas on essuie le tableau, portion par portion) , avec délicatesse et application, en prenant tout son temps (ce qu'il nous stressait quand il s'entêtait à rendre le tableau tout propre avant de nous partager nos feuilles de devoir, j'en ris encore rien que d'y penser). On avait l'habitude de l'imiter durant les fêtes de classes et de dire en pensant à lui : "Si M. Camara t'enseigne les maths que tu ne comprends rien c'est que ton cas est désespéré, tu ne comprendras pas les maths de sitôt, avec toute cette patience et ce français? lol"

Une année toute particulière que nous avons vécue, sans oublier ces trois (3) mois de rattrapage de cours de maths et pour cause notre professeur s'était rendu en Europe pour la dédicace de ses œuvres littéraires (certaines s'en souviendront peut-être, qu'est ce qu'on a glandé au tout début mais, ça nous a vite rattrapé lol). A son retour, quand on lui demandait : comment un professeur de mathématiques pouvait aussi être écrivain? Il nous répondait "l'un n'exclut pas l'autre" ou encore à la question de savoir : d'où tirez-vous votre inspiration et à quel moment trouvez-vous le temps pour écrire? Il s'empressait de dire: "beh mesdemoiselles (avec cet accent si particulier qu'on lui connait lol), j'écris pendant que je vous surveille, durant les devoirs sur table (D.S.T. comme on avait l'habitude d'abréger), les interrogations, ou chez moi à la maison, en compagnie de mon chien médor, qui est très méchant je vous signale. Mon balcon qui a une belle vue sur le marché de treichville, me permet aussi d'entendre les gens, de les sentir si proche, tout ce mouvement autour , c'est de là que je tire une bonne partie de mon inspiration " .

La première édition du livre  le "CAHIER NOIR", il nous l'avait dédié, à nous, ses élèves et particulièrement à celles du club de littérature (dont je faisais partie à l'époque, #kpakpatoya). Imaginez donc ma joie, ce matin, de voir dans les mains d'un de mes collègues, le livre en question. Tout émue, je demande à ce dernier :"tu l'as acheté pour l'offrir ?" et lui de me répondre: "non c'est l'un des livres que ma fille aura à étudier cette année en classe de 6ième" . Un large sourire sur mon visage (comme d'habitude) et tous ces souvenirs des années collègue qui défilent sous mes yeux ... Je n'arrêtais pas de me dire à moi-même : "un des livres de M. Camara Nangala est étudié en classe, dans le système éducatif ivoirien , il l'a fait, c'est juste trop génial ".

La dernière fois que nous avons eu à échanger, se devait être à une séance de dédicace, je n'ai pas manqué de lui rappeler que je l'avais eu comme professeur, il y'a de cela bien des années et lui de me dire : " c'est vrai que ta tronche me dit bien quelque chose, j'espère que j'ai été un bon prof. et que tu as retenu beaucoup ou un peu n'importe quoi de tout ce que je t'ai enseigné" j'ai souri, ce jour-là, en guise de réponse, mais aujourd'hui j'ai juste envie de dire que je suis fière de l'avoir eu comme professeur. 

Bien  plus que de nous avoir partagé son amour pour les mathématiques, il nous a enseigné le français et nous a fait comprendre que la volonté y est pour beaucoup dans tout ce que nous décidons d'accomplir  !

Ps: le cahier noir intéressant livre à avoir, n'hésitez pas à le lire ou à l'offrir à vos enfants.. l'auteur à aussi d'autres livres de littérature adulte à son actif (l'autre versant, tourbillon...)